Point technique important : En théorie, vous pouvez circuler sur un carrelage qui n’a pas encore été rejointoyé, mais je vous le déconseille vivement. Si la colle n’adhère pas suffisamment dans un angle, vous risquez de casser le carreau bien plus facilement qu’avec un joint en place. Les joints remplissent surtout une fonction esthétique et empêchent l’eau de s’écouler sous les carreaux, préservant ainsi la longévité de votre ouvrage.
Pourquoi les joints sont-ils indispensables au carrelage ?
Je considère les joints comme de véritables amortisseurs techniques, mais aussi comme des traits d’union esthétiques qui donnent son rythme à une surface carrelée. Ils agissent sur trois dimensions essentielles : la structure même du revêtement, la gestion de l’humidité et l’harmonie visuelle de l’ensemble.
Le rôle structurel des joints dans la durabilité
Chaque carreau subit des mouvements imperceptibles : dilatation sous l’effet de la chaleur, retrait lié à l’humidité, vibrations du plancher chauffant. Le support lui-même travaille. C’est le joint qui absorbe ces micro-déplacements, comme un véritable espace de respiration – je pense souvent aux interstices d’un parquet de jardin en bois.
Lors de la mise en œuvre, plusieurs types de joints entrent en jeu : les joints de fractionnement qui découpent les grandes surfaces, les joints périphériques de 5 à 10 mm le long des murs, et les joints entre carreaux. Le DTU 52.2 fixe des largeurs minimales : 2 mm pour des carreaux rectifiés en intérieur, 4 mm pour les non rectifiés, et 5 mm en extérieur.
Protection contre l’humidité et les infiltrations
Les joints limitent les infiltrations vers la colle et le support, un point particulièrement crucial dans les pièces humides et à l’extérieur. Je tiens à préciser une nuance importante : le joint de surface n’est pas une étanchéité en soi, mais un complément indispensable à une sous-couche étanche (SPEC ou SEL).
Pour un carrelage durable, j’opte pour des joints adaptés : ciment amélioré hydrophobe pour un usage courant, ou époxy dans les zones très sollicitées comme les douches, les cuisines professionnelles ou les terrasses abritées. En l’absence de joints efficaces ou en cas de rupture, les conséquences peuvent être graves : décollement des carreaux, développement de moisissures et apparition de salpêtre.
L’esthétique des joints : un choix à ne pas négliger
La largeur, la teinte et la texture du joint sculptent littéralement la perception d’un sol ou d’un mur. Ils modulent les lignes, jouent avec la lumière et révèlent ou atténuent le format des carreaux. C’est une dimension que j’affectionne particulièrement dans mon travail de styliste d’extérieur.
Deux grandes approches s’offrent à vous : le contraste, qui crée un graphisme affirmé et structure l’espace, ou le ton sur ton, qui donne cette illusion presque « sans joint » tant recherchée. Mon conseil : privilégiez des teintes proches du carreau sur les grands formats et les finitions mates pour obtenir un rendu doux et contemporain, une élégance discrète qui traverse le temps.
Marcher sur du carrelage sans joint : mythe ou réalité ?
Clarifions d’emblée une confusion fréquente : un rendu visuel « sans joint » ne signifie absolument pas une pose sans joint. Il est parfois possible de circuler avant le jointoiement, mais uniquement sous conditions strictes et en acceptant des risques réels.
Ce que signifie vraiment « sans joint »
Dans ma pratique, je distingue trois réalités bien différentes derrière cette expression.
Premièrement, la pose à joints minimes, parfaitement conforme aux tolérances techniques. Deuxièmement, la circulation sur des carreaux posés mais non encore jointés, une phase transitoire qui comporte des risques. Troisièmement, les matériaux alternatifs offrant un rendu quasi continu – grands formats, résines, micro-mortiers – mais qui nécessitent toujours des joints structurels, même discrets.
Les tolérances dimensionnelles des carreaux et la planéité du support imposent l’existence de joints. C’est une réalité technique incontournable, quelle que soit la finesse recherchée.
Les arguments qui circulent en faveur du carrelage sans joint
Je comprends l’attrait pour cette esthétique ultra-minimale. Les arguments avancés sont nombreux : facilité d’entretien perçue, continuité visuelle entre les pièces, imitation d’une dalle monolithique, épure contemporaine recherchée.
Cependant, je dois nuancer ces arguments. L’entretien dépend autant de la texture du carreau que du produit de jointoiement. Un grès cérame texturé avec joints fins reste parfois plus exigeant qu’un carreau lisse avec joints bien choisis. La continuité visuelle s’obtient avant tout par un calepinage soigné et une harmonie de teintes.
La réalité technique du carrelage à joints minimes
Les contraintes techniques sont nombreuses : dilatation naturelle, tolérances de coupe, vibrations du support, plancher chauffant, et en extérieur, les cycles de gel et dégel. Le DTU 52.2 fixe des largeurs minimales incontournables et impose des joints de fractionnement et périphériques.
Pour obtenir l’illusion du « sans joint », je recommande des carreaux rectifiés, une planéité de support impeccable, un primaire adapté, le double encollage pour les grands formats, et un nivellement précis avec des croisillons autonivelants.
Le rendu « sans joint » passe par des joints fins, parfaitement réguliers et coordonnés en couleur avec les carreaux, jamais par l’absence réelle de joints.
Les risques concrets d’un carrelage sans joint
Je classe les risques en trois grandes familles : structurels, liés à l’humidité, et esthétiques ou d’usage. Certains dégâts n’apparaissent que tardivement, parfois plusieurs mois après la pose, ce qui rend leur correction d’autant plus coûteuse.
Fissures et déplacements des carreaux
J’ai observé sur de nombreux chantiers des fissures en arête, des éclats sur les bords, du désaffleurement – ce que les professionnels appellent le « lippage » – et du décollement progressif. Ces pathologies résultent de dilatations non absorbées, d’un support mouvant, d’un trafic prématuré ou de l’installation de meubles lourds.
Mes conseils pour prévenir ces désordres : installer une membrane de désolidarisation en cas de support fissurant, respecter scrupuleusement les joints périphériques et de fractionnement, et surtout, respecter les temps de séchage. La patience est une vertu en carrelage.
Infiltrations d’eau et dégâts cachés
Sans joints efficaces, l’eau chemine insidieusement vers la colle, puis la chape, et enfin le plancher. Les conséquences sont multiples : gondolement du revêtement, développement de moisissures, odeurs désagréables, efflorescences blanchâtres, perte d’adhérence progressive.
Pour les pièces humides et les terrasses, je ne transige jamais sur deux points : une étanchéité sous carrelage conforme (SPEC ou SEL) et des pentes d’évacuation suffisantes, généralement comprises entre 1,5 et 2 %.
Usure prématurée et complications esthétiques
Les coins s’ébrèchent, les micro-impacts deviennent visibles, les saletés s’accumulent dans les interstices non jointés. Paradoxalement, ce carrelage « sans joint » devient irrégulier et bien plus exigeant en entretien que prévu.
Mon conseil esthétique : privilégiez une trame régulière avec des joints fins, plus faciles à nettoyer et qui vieillissent avec grâce. L’élégance réside souvent dans la régularité plutôt que dans l’absence.
Délais et précautions avant de circuler sur un carrelage neuf
La précipitation coûte cher en carrelage. Je donne toujours des fourchettes de délais précises à mes clients. Pour une colle C2 standard, selon les fiches techniques : circulation légère possible après 24 heures, voire 48 heures si les conditions sont froides, humides, ou sur grands formats.
Pour les charges lourdes et l’installation de meubles, j’attends 48 à 72 heures minimum. En extérieur ou sur plancher chauffant, je prolonge systématiquement ces délais. Je déconseille formellement de « tester » l’adhérence en soulevant un carreau fraîchement posé – c’est le meilleur moyen de compromettre la prise.
Pour les grands formats, le double encollage n’est pas une option, c’est une nécessité technique que je ne négocie jamais.
Quand poser les joints après avoir marché sur les carreaux ?
Le jointoiement intervient après un séchage suffisant de la colle, généralement 24 heures minimum, jamais immédiatement. Si vous devez absolument circuler avant la pose des joints, limitez-vous à un chemin protégé avec des planches rigides pour répartir la charge, portez des chaussures propres et bannissez toute charge roulante.
Après la pose des joints, patientez encore 24 heures avant le nettoyage intensif ou la remise en service totale. Pour l’époxy, consultez la notice, car les délais varient selon les formulations.
Mes recommandations pour une pose réussie
Je respecte toujours ces étapes clés : diagnostic du support, ragréage si nécessaire, plan de calepinage détaillé, tests à blanc, respect des largeurs minimales, et utilisation de croisillons autonivelants sur les grands formats.
Côté matériaux, j’opte pour des carreaux rectifiés pour obtenir des joints fins, une colle déformable S1 ou S2 sur les supports sensibles, et un joint fin hautes performances – ciment hydrophobe ou époxy selon l’usage prévu.
Pour les projets extérieurs, je vérifie systématiquement : pentes d’au moins 1,5 à 2 %, joints périphériques généreux, fractionnement tous les 20 à 40 m² et au-delà de 6 à 8 mètres linéaires.
Ma touche d’esthète : j’aligne toujours les joints avec les lignes du lieu – baies vitrées, lames d’une terrasse en bois – pour créer une continuité visuelle qui amplifie l’espace.
Alternatives élégantes pour un rendu épuré
Je propose à mes clients plusieurs options qui donnent l’illusion du « sans joint » tout en respectant les règles techniques. Ces solutions conjuguent esthétique contemporaine et pérennité de l’ouvrage.
Le carrelage grand format à joints fins
Les formats 80×80 cm, 90×90 cm, 120×120 cm et les dalles minces présentent l’avantage d’une trame moins visible. Moins de joints, c’est aussi moins de lignes qui fragmentent l’espace et davantage de fluidité.
Les conditions de réussite sont exigeantes : un support parfaitement plan, un outillage d’aspiration adapté, des ventouses de manutention, le double encollage systématique, et un nivellement méticuleux. Les joints fins réguliers de 2 mm sur carreaux rectifiés en intérieur, associés à une teinte coordonnée, créent cet effet monolithique tant recherché.
Choix de couleurs de joints pour un effet « sans joint »
Je conseille une palette chromatique très proche du carreau, à plus ou moins un demi-ton près. Les joints mats limitent les reflets et fondent davantage dans la surface. La granulométrie fine contribue également à cette discrétion visuelle.
Mon astuce : je réalise toujours un échantillon de joint in situ pour le valider à la lumière réelle du lieu, selon les heures de la journée. Cette douceur visuelle s’avère particulièrement appréciable dans les pièces ouvertes et les grands espaces de vie.
Les matériaux adaptés aux joints discrets
Je privilégie le grès cérame rectifié, les carreaux pleine masse et les finitions mates ou texturées qui gomment naturellement les traits de joints. Ces matériaux nobles vieillissent admirablement bien.
Côté jointoiement, j’utilise du ciment premium hydrophobe à grain fin pour un usage standard, ou de l’époxy teinté sur mesure pour les cuisines et les douches où la résistance à l’eau est primordiale. En cas de support contraignant, je sécurise les joints fins avec une membrane de désolidarisation – une précaution technique qui prévient bien des déconvenues.
Entretien et préservation d’un carrelage à joints minimes
Je recommande un nettoyage doux et régulier avec des produits au pH neutre, suivi d’un rinçage soigné pour éviter les voiles de laitance. La protection des joints ciment passe par une imprégnation hydro-oléofuge, à renouveler selon l’intensité d’usage. L’époxy simplifie l’entretien, mais exige un nettoyage après pose particulièrement soigneux.
J’évite systématiquement l’eau de javel, les acides forts et la haute pression en intérieur – ces pratiques agressives dégradent prématurément les joints. En extérieur, je balaye régulièrement les particules fines, traite les mousses dès leur apparition, et maintiens les pentes ainsi que les évacuations dégagées.
Mon rituel personnel : une inspection saisonnière des joints, avec des retouches locales si besoin. Cette vigilance préserve la beauté du carrelage sur la durée.
FAQ – Vos questions sur le carrelage sans joint
Combien de temps peut-on laisser un carrelage non jointoyé ?
Si vous avez utilisé un adhésif à prise rapide, le temps de séchage minimal est de 12 heures avant de pouvoir envisager le jointoiement. Pour un adhésif standard, je recommande 24 heures, qui constituent le délai optimal pour garantir une prise suffisante de la colle avant d’intervenir sur les joints. Cette patience évite de déplacer les carreaux lors du jointoiement.
Est-il obligatoire de faire des joints de carrelage ?
Oui, c’est une obligation technique définie par le Document Technique Unifié. Selon la Fédération Française du Bâtiment, les NF DTU précisent les conditions techniques et contractuelles pour la bonne exécution des ouvrages. Dans ce cadre réglementaire, la mise en place de joints de carrelage est obligatoire, sans exception. Ce n’est pas une simple recommandation, c’est une norme de mise en œuvre qui engage la responsabilité du poseur.

